Édouard Baratier : Enquêtes sur les droits et revenus de Charles Ier d'Anjou en Provence (1252 et 1278)

r' CONCLUSION L'enquête domaniale conduite à travers la Provence par les agents du comte Charles 1 er au milieu du XIIIe siècle, est précieuse à bien des égards. Elle nous fournit de nombreux renseignements sur les droits comtaux, leur nature, leur plus ou moins grande extension. Elle indique avec précision, en profondeur aussi bien qu'en étendue, la répartition géographique du domaine. On mesure, grâce à elle, l'importance de la réorganisation administrative du comte Raymond Béren– ger V et la puissance effective des principaux seigneurs. Non seulement elle donne une image, la première que l'on possède pour une grande partie de la Provence, de la géographie féodale au milieu du XIIIe siècle mais encore eUe permet quelquefois, par diverses mentions ou par la description de biens confis– qués à des rebelles, de reconstituer des éléments d'un état antérieur : on peut ainsi retrouver les limites de l'ancienne vicomté de Marseille du XIe siècle et de certaines baronnies du XIIe siècle avant leur éclatement,"ainsi celle de Château– renard au profit du comte, celle de Riez au profit de l'évêque et des Castellane, celle de Moriez au profit des Galbert et de divers seigneurs (1). Le domaine propre des comtes de la maison de Barcelone à la fin du XIIe siècle apparaît singulièrement réduit : une souveraineté nominale qui se matérialise en quelques occasions par des droits éminents de justice, une aide militaire, un droit de gîte. Raymond Bérenger V est le premier de ces souverains qui ait résidé d'une manière permanente dans son comté; il est vrai qu'héritier d'une branche cadette, il ne possédait pas d'autres terres. Il a su limiter ses ambitions et, très prudent dans sa politique extérieure, il a évité à son fief d'être entraîné dans les opérations militaires de la croisade des Albigeois et des luttes du Sacerdoce et de l'Empire. Sur le plan intérieur, son œuvre est remarquable; il est d'ailleurs difficile de savoir s'il en est véritablement l'inspirateur ou s'il a simplement laissé faire de grands officiers particulièrement fidèles et compétents, dont le plus connu est Romée de Villeneuve. En tout cas il a su s'entourer de bailes dévoués à qui il a laissé une grande autonomie et qui se sont montrés très zélés pour accroître, chacun dans sa circonscription, les pouvoirs et les biens de la cour comtale. Ces agents, imprégnés de droit romain, dont l'étude est alors en plein renouveau, réclament (1) Cette dernière baronnie connue par l'enquête de 1278 et non par celle de 1252. http://e-mediatheque.mmsh.univ-aix.fr Corpus | Etudes angevines

RkJQdWJsaXNoZXIy NDM3MTc=