Édouard Baratier : Enquêtes sur les droits et revenus de Charles Ier d'Anjou en Provence (1252 et 1278)

ï . 44 ENQUËTES DE CHARLES D'ANJOU EN PROVENCE les métaux, les cuirs et les peaux, les étoffes (draps de France et des Flandres, toiles de chanvre et lin), le bois, la verrerie et vaisselle et un grand nombre de marchandises du Levant (épices, soie, coton, savon, sucre, riz, dattes, etc.). Les péages de Tarascon font allusion aux pèlerins de toutes nations qui descendent le Rhône pour visiter Saint-Gilles et prendre la route de Saint-Jacques de Compos– telle, un tarif dégressif leur est appliqué (1 ) . Les tarifs de l'enquête de 1252, les plus anciens connus pour ces deux péages d'Arles et de Tarascon, sont particulièrement intéressants pour l'histoire de la vie économique de la Provence rhodanienne. Les comtes ne les contrôlent d'ail– leurs entièrement que depuis la victoire définitive et récente de Charles 1er sur les consulats de ces deux villes. Après avoir soumis Marseille et réuni à son domaine les péages et salins de Toulon et d'Hyères, ce comte dispose dans les comtés de Provence et de Forcalquier du plus grand nombre des péages impor– tants. Seuls quelques péages sur la Durance (Manosque, Pertuis, Bonpas, Rogno– nas) et le péage de Salon restent aux mains de grands seigneurs, le plus souvent ecclésiastiques (2 ) . Les salins et les gabelles. A côté des péages il faut accorder une attention particulière aux salins et aux droits sur le sel qui font partie, nous l'avons vu, des regalia. Le sel, denrée in– dispensable pour la nourriture des hommes et des animaux, est une des grandes richesses de la côte provençale ; le pays en a toujours été exportateur, M. Benoît a montré dans de récents articles (3) le développement de l'extraction du sel et des salaisons à l'époque romaine et sa persistance au Haut Moyen Age; certaines abbayes provençales et languedociennes semblent avoir eu une politique du sel, s'efforçant de mettre la main sur les marais salants et de tirer bénéfice de leur ex– ploitation. Le sel marin est alors produit librement à Fos, Berre et Hyères et expor– té par mer ou par la vallée du Rhône. Au XIIe siècle, cependant, les comtes de Provence de la maison de Barcelone qui possèdent des salins en Camargue, se font céder par l'empereur Frédéric Barberousse les droits impériaux sur le sel et constituent des sauneries à Tarascon, (1 ) Infra, édit., nO 677. (2) Cependant quelques péages seigneuriaux subsisteront, situés parfois à l'écart des routes principales et d'un revenu médiocre. Citons par exemple le péage de Gaubert, près Digne, dont les revenus sont partagés entre les coseigneurs du lieu (Arch. dép., B 1430). De même à Châteauvert, entre. Barjols et Brignoles, le péage rapporte au seigneur en 1263, 5 livres par an (Arch. dép., V G, liasse 11). (3 ) F. BENOIT, L'économie du littoral de la Narbonnaise à l'époqu.e antique: le commerce du sel et les pêcheries, dans Rivista di studi liguri , t. XXV, 1959, p. 87-110; et Les abbayes du sel, l'héritage antique du delta au Moyen Age, dans Delta, fasc. 3, 1961, p. 17-32. http://e-mediatheque.mmsh.univ-aix.fr Corpus | Etudes angevines

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