Édouard Baratier : Enquêtes sur les droits et revenus de Charles Ier d'Anjou en Provence (1252 et 1278)

'" 46 ENQU~TES DE CHARLES D'ANJOU EN PROVENCE Son successeur Charles 1 er remédie à cette carence et constitue définitivement un monopole comtal du sel sur l'ensemble du comté. Par divers accords de 1259 avec les seigneurs et propriétaires de salins de Berre, Hyères et Toulon, il leur achète toute leur production à un prix fixe (1). Il place également sous son contrôle, après la révolte de Boniface de Castellane, la source salée de cette loca– lité et interdit l'exploitation du sel de Fos. Ayant ainsi accaparé le sel provençal, il le revend à la consommation à l'intérieur du comté cinq fois plus cher qu'il ne l'a acheté. Sur les marchés extérieurs il doit compter avec la concurrence du sel étranger mais, maître de l'importante production provençale, il peut agir en puis– sance au mieux de ses intérêts. Dès 1263, les bénéfices qu'il retire de ses gabelles (10.000 livres) lui rapportent presqu'autant que l'ensemble des autres taxes ou ressources domaniales du comté. Les confirmations de ventes des seigneuries. Le comte de Provence possède un droit éminent sur toutes les seigneuries qui relèvent du comté, c'est ce que les textes de l'époque appellent le majus dominium ou jus superioritatis. Ce pouvoir suprême a un double aspect de souveraineté et de suzeraineté": le comte, comme représentant de l'empereur, est l'émanation du pouvoir souverain et de la puissance publique, mais il est aussi le seigneur féodal des barons et chevaliers, ses vassaux, qui tiennent de lui en fief des seigneuries, et il doit donner son consentement à l'aliénation des fiefs qui dépendent de lui. Le recueil des actes d'Alphonse II et Raymond Bérenger V, dans la première moitié du XIIIe siècle, renferme de nombreux exemples de ces confirmations, données par les comtes de Provence à leurs vassaux laïques ou ecclésiastiques à l'occasion d'achats et ventes de seigneuries. A la fin du XIIe siècle, Alphonse 1 er confirme ainsi à l'église de Digne l'achat de la seigneurie d'Archail, vendue par Tarion et Raymond de Saint-Julien; le comte reconnaît avoir reçu 500 sous pour cette confirmation (2). Certains de ces actes peuvent se présenter comme des donations, alors qu'il s'agit en fait d'une simple approbation de mutation; ainsi Raymond Bérenger V, le 21 avril 1228, donne la seigneurie de Rocbaron, à la réserve de la souveraineté et des cavalcades, à Reforciat de Trets qui vient d'en acquérir des parts de divers seigneurs (3). Le comte peut accorder par privilège à des églises le droit d'acquérir librement dans tout le comté sans avoir à solli– citer son autorisation; ainsi Alphonse II concède en novembre 1208 cette faveur à l'église et aux chanoines de Fréjus (4). Cependant le même comte, donnant aux (1) Voir le texte de ces accords dans le registre B 191 des Arch. dép. Sur Hyères, cf. le D.E.S. d'Yves MALARTIC, Le sel à Hyères. (2) Arch. dép., acte de 1193 copié dans le registre B 1065, fol. 183-184. (3) F. BENOIT, op. cit., p. 232, nO 1. (4) Ibid., p. 77, nO 61. http://e-mediatheque.mmsh.univ-aix.fr Corpus | Etudes angevines

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