Édouard Baratier : Enquêtes sur les droits et revenus de Charles Ier d'Anjou en Provence (1252 et 1278)

52 ENQUÊTES DE CHARLES D'ANJOU EN PROVENCE lats de la Provence occidentale (Avignon, Arles et Marseille), détruit les der– nières résistances et, au moment de son départ pour l'expédition d'Italie, il est de fait justicier tout puissant et en dernier ressort du comté presque tout entier. La cavalcade. Les comtes ont toujours regardé comme extrêmement important pour eux le fait de pouvoir lever sur toutes les communautés provençales une aide militaire; ils ont aliéné le moins possible leur droit de cavalcade. C'est pourquoi, plus que la haute justice, la cavalcade est un droit souverain presque universellement reconnu dans le comté. En Provence, le terme ost n'est pas employé et cavalcata (1) désigne à la fois la guerre véritable et l'expédition rapide (2). Le droit pour le comte d'appeler ses fidèles à la guerre dérive à la fois des obligations vassaliques et de l'appro– priation par les descendants des comtes carolingiens du service militaire dû au roi; ils ont appelé, de leur propre initiative et dans leur intérêt, les hommes de leur comté. Cette mainmise a pu s'étendre aux échelons hiérarchiques inférieurs et le comte en a été dépouillé alors par ses subordonnés. De par le contrat féodal, certains grands vassaux doivent au comte l'aide militaire pour tout ce qu'ils tiennent de lui, et la réclament eux-mêmes à leurs propres dépendants. Aussi voit-on quelquefois la cavalcade due par un seigneur pour deux, trois, quatre castra, éloignés les uns des autres. Parfois même un castrum, divisé en plusieurs parties et soumis à des seigneurs différents, devra des cavalcades diverses. Certains chevaliers peuvent aussi être liés au service personnel pour des fiefs qu'ils tiennent directement du comte, affaria qui ne rentrent pas tou– jours dans le cadre d'une communauté villageoise. Cependant d'ordinaire, c'est le castrum qui sert d'unité pour la répartition de la cavalcade, le service reste fixe quelle que soit l'importance et le nombre de seigneurs. Au XIIIe siècle, l'aspect militaire de cette obligation perd de sa valeur, le comte cherche à la transformer en redevance pécuniaire. D'une manière générale, d'ailleurs, les seigneurs qui doivent la cavalcade personnelle au comte réclament à la communauté des habitants la somme néces– saire à leur entretien durant ce service. Ainsi, d'une enquête sur la cavalcade d'Hyères au XIVe siècle, il ressort qu'au temps des seigneurs de Fos, ceux-ci étaient tenus envers le comte Raymond Bérenger V pour les cavalcades du castrum à quatre chevaux armés en cas de nécessité, ou à quarante sergents, et la communauté pour ce service leur fournissait 40 livres; à partir du moment où Hyères fut rattachée au domaine comtal, elle versa régulièrement 40 livres. Il (1) On trouve rarement le mot expeditio, comme dans la donation par Raymond Bérenger V à l'abbaye de Lérins, de la Napoule et Saint– Vallier : retenta tantum expeditione, quando opus fuerit mihi (H. MORIS et Fr. BLANC, Cartu– laire de l'abbaye de Lérins, t. II, p. 38, nO 21). (2) Cf. P. GUILHERMOZ, Essai sur l'origine de la noblesse au Moyen Age, p. 262-263, nO 19. http://e-mediatheque.mmsh.univ-aix.fr Corpus | Etudes angevines

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