Édouard Baratier : Enquêtes sur les droits et revenus de Charles Ier d'Anjou en Provence (1252 et 1278)

INTRODUCTION 59 pour les albergues de certaines villes importantes, ce qui permet de suivre au XIVe siècle l'évolution démographique de plusieurs grandes agglomérations provençales (1). Enfin l'albergue est affouagée, tout comme la cavalcade, dans toute la baillie de Puget-Théniers; il s'agit là d'une région où le pouvoir comtal s'est implanté récemment. Ces deux impositions ne tardent pas à être fixées là aussi à des sommes forfaitaires (2). Le taux de l'albergue affouagée est en principe de 12 deniers par feu; quelque– fois il peut varier avec la condition des habitants: ainsi à La Bréole (:1), le pos– sesseur d'une paire de bœufs donne 12 deniers, le cultivateur 6. Le plus souvent chaque feu paye 12 deniers quelle que soit sa richesse (4). L'albergue fixée forfaitairement est en rapport avec l'importance des localités. Les chiffres les plus élevés sont ceux d'Hyères (40 livres) et de Draguignan (39 livres). Les 20 livres sont rarement dépassées, cependant Seyne donne 27 livres, Saint-Rémy 25 livres. La moyenne est entre 7 et 10 livres. Il y a aussi des contributions minimes, ainsi 5 sous à Saint-Jean d'Alloche, près d'Utelle, dans la viguerie de Nice. A Verquières, dans l'Autevès, exception remarquable et isolée, l'albergue est rachetée partie en nature partie en espèces : 40 setiers de froment et 7 sous (5). Dans la baillie de Colmars, on trouve le mot calamanaia ou calamanagium (6), synonyme d'albergue. Dans la viguerie d'Aix, souvent elle se confond avec le boage. L'albergue rapporte au comte des revenus annuels importants (7 ). C'est une imposition largement répandue et acquittée dans tout le comté (8). La queste générale (9 ) . A la différence de la cavalcade et de l'albergue, contributions annuelles, la queste est un impôt extraordinaire levé par le comte en des cas bien déterminés. ( 1) Voir à ce sujet, E. BARATIER, La démogra· phieprovençale du,XIIIe au XVIe siècle, p. 23. (2) Dès 1263·1264, les albergues y sont levées suivant un barême fixe qui restera le même en 1315-1316. Voir les comptes de ces deux années (arch, dép. B 1501 et B 1517, fol. 42). (3) Cf. infra, édit., nO 474. Au XIIe siècle déjà, cette distinction peut apparaitre. Ainsi en 1144, le comte donne à Montmajour, l'ospicium de Correns (redevance différente suivant aratrum ou bracerius); Cartulaire de Correns, p. 19. Pourtant en 1252, Correns doit 100 s. d'albergue au comte. (4 ) Cf. ibid., nO 567; ainsi à Albiosc: « inter– rogati quomodo colligunt aut singulos foccos pro singulis denariis aut secundum magis et minus dicunt quod semper XII d. pro focco, sit pauper sit dives ». ( ~) Cf. ibid., nO 660. ( 6 ) Ainsi à Allos, Colmars, Beauvezer (ibid.• nOS 427, 429 et 433); dans le compte de 1263- 1264, on retrouve cette expression dans cette même région à propos des recettes de l'albergue, alberga seu calamanagia (Arch. dép., B 1501, fol. 115). (7) En 1252, l'albergue rapporte au comte 1.860 livres; les cavalcades 2.560. (8) Les nobles en sont exempts; en 1234, lorsque Raymond Bérenger V anoblit Pierre Bonnom, il exempta la communauté de Seyne de 2 livres 10 sous, chiffre représentant la part de ce riche bourgeois à l'albergue de cette ville. (9) Sur les origines de cette imposition, et surtout sur son assiette, sa périodicité et sa répar– tition en Provence aux XIIIe et XIVe siècles, voir E. BARATIER, La démographie provençale du XIIIe au XVIe siècle, p, 13 à 22. http://e-mediatheque.mmsh.univ-aix.fr Corpus | Etudes angevines

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