Édouard Baratier : Enquêtes sur les droits et revenus de Charles Ier d'Anjou en Provence (1252 et 1278)

INTRODUCTION 65 archevêques et évêques de Provence (1), alors que la taille sur les importantes communautés juives du pays sera à la fin du XIIIe et au XIVe siècle d'un revenu estimable pour la cour royale d'Aix. La Provence a connu avant la réforme gré– gorienne la mainmise des laïcs sur les biens d'église mais, ainsi que le prouvent les cartulaires, les restitutions ont été nombreuses au XIe siècle. Deux cents ans plus tard, on ne trouve plus trace dans le temporel du comte de revenus ecclésias– tiques. L'enquête ne nous apprend évidemment rien sur la régale. Les comtes de Provence du XIIIe siècle, non suspects d'hérésie et fidèles alliés du Saint-Siège, ont toujours eu d'excellents rapports avec leur clergé régulier et séculier. III. LA SEIGNEURIE PROVENÇALE A. Les hommes. Avant d'aborder l'étude des divers droits et revenus seigneuriaux, il convient sommairement de définir les principales caractéristiques d.~ la seigneurie proven– çale et la condition des hommes qui l'habitent. En Provence, les limites de la seigneurie se confondent régulièrement avec celle du terroir du village et elles remontent très loin dans le temps. Exception– nellement certains villages disparus ont vu leur terroir partagé entre les commu– nautés voisines, ainsi Saint-André près de Maillane. La notion de communauté villageoise a résisté durant les périodes troublées du Haut Moyen Âge et les popu– lations qui la composent ont toujours gardé le droit de délibérer en assemblée générale des chefs de famille sur des affaires d'intérêt communal, et notamment d'instituer des procureurs pour traiter avec les seigneurs sur les droits et cou– tumes. Le village est une cellule de base que ne rompt pas l'émiettement des titulaires de la seigneurie, car le pouvoir seigneurial reste alors généralement indivis sous l'autorité d'un bayle commun qui répartit en fin d'exercice les bénéfices au pro– rata des parts. Au milieu du XIIIe siècle, une grande diversité semble régner dans la posses– sion des seigneuries provençales; certaines sont encore concentrées entre les mains d'un seul titulaire, d'autres sont divisées en quelques unités, d'autres enfin au gré des _partages se sont fractionnées en d'innombrables parts, tenues (1) Voir pour Arles, le privilège de Frédéric Barberousse de 1178 (ALBANÈS, Gallia christi ana novissima, Arles, col. 249, nO 639) et pour Mar– seille, le privilège du même empereur de 1164 (ibid., Marseille, col. 82, nO 164). A Arles, d'après CHARLES le" D'ANJOU une convention de 1234, la commune et l'arche– vêque se partageaient la juridiction des juifs et l'archevêque reçoit toujours une pension de la communauté juive aux XIVe et xv e siècles. 5 http://e-mediatheque.mmsh.univ-aix.fr Corpus | Etudes angevines

RkJQdWJsaXNoZXIy NDM3MTc=